Lettre ouverte à Patric Jean
Écrit par Marwina   
19-12-2013

Lettre ouverte à Patric Jean

 

 

 

Sérieusement, ce test sur votre site, qui date de 2009 "Combien est-ce que tu vaux?" est juste gravement problématique. Il est culpabilisant pour les femmes et tellement à côté de la plaque que cela en est effrayant. Je veux bien croire qu'en temps qu'homme, il ne vous est pas naturel d'envisager le point de vue d'une femme sur la chose. Aussi, je vais vous demander de prendre quelques minutes pour me lire, car je vais vous faire la faveur de tenter de vous éduquer un peu.

 


1-Lorsque, adolescente, lors de ma première relation amoureuse, mon petit ami menace de me quitter pour sortir avec ma meilleure amie si je ne couche pas avec lui :

 

À 15 ans, je rêvais comme la plupart des ado de faire tourner la tête des garçons. À 15 ans, je rêvais de tomber amoureuse. Cela n'a pas été le cas, bien sur, mais si j'avais eu un petit ami à cette époque, cela aurait été avec cœur et dans l'idée de vivre le grand amour, un amour qui durerait toute la vie, comme dans les contes de fées. Je n'y aurait renoncé pour rien au monde. S'il m'avait menacé de la sorte, je n'aurais eu d'autre exigence que le préservatif. Par peur de le perdre. Parce que, dans notre monde monsieur Patric Jean, une ado larguée est une ado humiliée. Dans notre monde, une ado qui refuse de coucher est un ado qui va devoir faire avec les calomnies que l'éconduit fera circuler sur elle. Car c'est ce que les ados capables de faire ce genre de chantage font quand ils n'obtiennent pas gain de cause.

Je vous l'affirme haut et fort: il est naturel qu'une jeune fille préfère se forcer à coucher plutôt que d'affronter la honte, le lendemain, de sa réputation salie à travers tout le lycée parce qu'il aura de toutes pièces inventé un mensonge immonde dans lequel se mêlent fantasmes et scènes tirées de films de cul.

 

On voit que vous n'avez jamais craint qu'un connard sexiste ternisse votre réputation en vous faisant passer pour la plus grosse salope vénale du lycée.

 

2-Lors de mon premier entretien d’embauche, le DRH me fait comprendre que mon corps lui plaît beaucoup :

 

Lorsque j'étais en première année de fac d'Arts Plastiques, j'ai posé pour une amie. Le prof de photo à vu son travail et m'a bercée de compliments, me faisant miroiter l'opportunité d'une expérience enrichissante en temps que modèle ayant voie au chapitre, une sorte d'association d'artistes ou je pourrais l'aider en prenant part au processus de création artistique. Il y aurait eu mon nom sur les affiches de l'exposition. Il avait la cinquantaine passé, j'avais 18 ans, j'étais vierge, j'étais naïve, c'était pour l'Art. Il m'a manipulé sans aucun problème. Il à abusé de moi, des attouchements. Si ma mère n'était pas intervenue, car même à 300km elle a vu venir le truc, sans doute serait-il allé jusqu'au bout de son idée.

 

Sincèrement, comment croyez-vous que se passent les relation de domination dans les entretiens? Avez-vous déjà été sollicité par un DRH excité par votre corps? Vous n'avez pas seulement le début de la moindre idée de comment les prédateurs sexuels s'y prennent pour endormir la méfiance de leurs victimes et les entraîner doucement sur la pente du renoncement à tout.

 

3-Au restaurant, quand une femme dîne avec un homme et que la femme paie pour les deux, je trouve cela :

 

Cette question n'est plus pertinente depuis les années 50. Mettez votre logiciel à jour.

 

4-Le soir, au moment de me coucher, alors que suis très fatiguée, mon mari me demande une (petite) fellation :

 

Un époux qui se permet ce genre de chose sans se soucier vraiment du consentement de son/sa partenaire est de base dans une relation de couple pas très saine.

À part cela, merci d'invisibiliser toutes les personnes qui ne sont pas cisgenre et hétéro, en temps que bisexuelle j'apprécie divinement. Vous tenez le bon bout.

 

5-Un homme qui ne m’attire pas du tout m’offre une bague très chère.

 

Personnellement, je l'accepte, le remercie chaleureusement et la met de côté dans le but de la revendre le jour ou cela s'imposera. Si il tente quoi que ce soit, je l'envoie paître. J'accepte plus facilement les cadeaux que les avances sexuelles et je ne vois pas pourquoi je considérerais qu'une bague hors de prix m'engage d'une quelconque manière, s'il a décidé de dépenser des fortunes pour un sourire et un merci, ça reste encore son problème.

 

6-Mon mari bosse comme un fou, soirées et week-ends compris. En somme, je vis telle une mère célibataire :

 

Encore une question qui n'a aucun sens pour toute personne non cisgenre hétérosexuelle. Bon, ce n'est pas un scoop sinon mais vous excluez aussi les quelques foyers ou c'est le père qui s'occupe des enfants. Vous excluez également les foyers ou il n'y a pas d'enfants.

Pour le reste, cette question est particulièrement infamante pour tous les foyers de travailleurs pauvres, ou l'on ne choisit en rien ses horaires de travail et ou l'on prend ce qu'il y a, tant que l'on peut. Elle est également infamante pour toutes les personnes qui travaillent dans la restauration ou autre métier très prenant du genre, surtout si elles sont à leur compte. Mes voisins qui tiennent un restaurant sont dans ce cas, ils travaillent tout le temps, je vois les lumières de la salle principale s'éteindre vers les minuit presque tous les jours. Je sais qu'elles se rallument vers les sept heures du matin. Voilà... Et pourtant, ils s'aiment, ils sont heureux d'être ensemble et épanouïs dans leur amour.

Vous leurs crachez au visage avec cette question.

 

7-Je viens d’être expulsée de mon appartement. Un copain me propose de m’héberger… dans son lit :

 

Ce cas de figure s'est présenté à moi, à cette différence près que je n'ai pas été expulsée, je venais juste de plaquer mon concubin de l'époque qui m'avait violée. Un ami m'a proposé de m'héberger, et oui, dans son lit, et oui, j'ai accepté.

Il n'a jamais rien tenté de désobligeant. J'ai un peu flirté avec sa petite amie de l'époque, puis il a rompu, j'ai posé nue pour sa nouvelle petite amie puis j'ai eu une aventure avec une autre fille dans son lit, lors d'une soirée bien arrosée. Je n'avais rien bu mais j'étais la seule dans ce cas, et lui empêchait un des garçons de monter dans la mezzanine ou nous nous envoyons en l'air avec cette amie. Ce jour là reste gravé dans ma mémoire comme le jour ou j'ai pété mon record de l'époque en matière d'orgasme tout en réalisant le pire cauchemar de l'homme qui m'avait violée. C'était trop bon.

 

Ah... Mais attendez, ce n'est pas ce que sous entendait votre question, c'est ça? Apprenez à utiliser les bons mots, alors, pas de chichis entre nous et dites: il vous propose l'hébergement en échange de relations sexuelles.

Eh bien, après avoir passé un an en concubinage avec un homme qui me violait, pensez-vous vraiment que j'aurais pu avoir la force de résister si je m'étais retrouvée dans un plan de ce genre? Pensez-vous vraiment que j'aurais pu faire le choix de préférer la rue à un autre lit, puis un autre, encore un autre?

 

Je vais vous expliquer ce que cette société fait aux femmes. Elle leur fait croire que le meilleur moyen de briller, c'est d'être sexuellement attirantes, et, une fois cela acquis, elle les jette dans un monde ou le sexe, c'est trooo swag et les livre à des hommes à qui personne n'a jamais appris l'importance du consentement (voir de l'orientation sexuelle) de l'autre. Certaines ont de la chance et ne se font jamais violer, elles ont des ennuis bien sur: harcèlement de rue, insultes, pressions, parfois elles se retrouvent dans des situations vraiment bizarres et s'en sortent sans trop de dommages parce que la chance. Les autres croisent la route d'un homme qui croit que "non" c'est juste un mot pour pimenter la situation.

C'est ainsi que l'on apprend aux femmes à considérer leur propre consentement et leur propre désir sexuel comme un "plus" dans la relation.

C'est ainsi que l'on apprend aux femmes à céder aux avances, même lorsque nous n'en avons pas l'envie.

 

Et, cette blague, vous pensez que, dans ces conditions, je choisirais la rue plutôt que de céder à un homme? Mais lol mon pauvre ami!

 

J'ai une majorité de "A", je suis donc une femme vivant dans un monde de relations exclusivement superficielles et vénales. Eh bien, sachez que je vous retourne le compliment, en toute amitié.

Et je me réjouis que vous n'ayez trouvé que sept questions. Une huitième aurait sans nul doute été vraiment de trop.