Le clictivisme ou la magie des Internets
Écrit par Marwina   
10-12-2013

 Comment le nombrilisme nuit aux luttes

 

Je conchie ce genre de  [insérer ici n'importe quelle catégorie subissant une oppression spcéifique] qui s'affichent comme tel pour silenciser toutes les autres formes d'oppressions ; et en particulier quand les intéressés viennent de se livrer à des discours oppressifs dans les règles de l'art.

 

Tweet "alors comment ça va les féministes pauvres ce soir? On ne vous entend pas dans la salle

 

Hier, le 9 décembre, sur le réseau social Twitter, un double shitstorm s'est produit. Phénomène assez courrant s'il en est, j'assume d'ailleurs croire que les réseaux sociaux ont étés inventés pour permettre ce genre de déballage odieux. Ceci étant, ce double shitstorm à ceci de particulier qu'il combine pas mal d'axes d'oppression, dont le sexisme et la putophobie, le tout à l'initiative d'oppresseurs qui se présentent eux-même comme opprimés: le cas est donc parfait pour écrire un petit article sur comment des personnes venant de catégories opprimées peuvent en arriver à opprimer d'autres opprimés, en parfaite bonne conscience. Explications.

Commençons par le commencement. Il s'agit d'une petite mise en bouche qui répond de manière on ne peut plus violente à un tweet de Morgane Merteuil citant anonymement cette phrase pleine de poésie et de sous-entendus: «je ne me sens pas attiré sexuellement par une prostituée».

échange de tweets

Les personnes prostituées sont toutes des greluches sous meth: whoké. Ce fait objectif justifie que l'on soit fondé à se vanter de ne pas être attirés par elles: whoké². Au moins, pour ceux qui n'auraient pas compris quel genre de sous-entendus odieux on pouvait lire derrère l'aparent neutre «je ne me sens pas attiré sexuellement par une prostituée», la démonstration à le mérite d'une violente limpidité. Comme toujours aux dépens des prostituées, mais ça, c'est plutôt symptomatique du débat actuel.

Avis à toutes les hommes qui ressentent le besoin de préciser qu'ils "ne sont pas clients": tachez de ne pas stigmatiser les personnes prostituées dans vos déclaratons de pureté, cela vous évitera de voir vos petites phrases servir la grande cause de la putophobie. Je sais, cela peut parraitre difficile, mais d'un autre côté dites-vous bien que l'on ne lutte pas contre les mafias criminelles ou la misère en étallant ses préférances sexuelles sur l'Internet. Bon, soit, dit comme ça on pourrait croire que je me moque de tous ces donneurs de leçons fiers de s'afficher, mais en fait: oui. Les gens, sérieusement, informer le monde de ce que vous faites avec vos organes génitaux ne va pas le changer. Fin de l'aparthée.

La combo entre l'espèce de repproche vaseux fait à une prostituée de poursuivre des études pour obtenir un doctorat (c'est sûr, ça casse un peu le cliché de la greluche sous meth) et le splannig magnifique sur la psychotérapie, ajouté à l'accusation WTF de faire partie d'une classe dominante oppréssive (les prostituées sont riches, c'est bien connu, et par ailleurs parfaitement intégrés dans les millieux bourgeois: la preuve, elles font des études au lieu de suivre des psychothérapies) est assez priceless en terme de niveau de connerie. En plus d'être d'une violence extrême. Vous noterez, par ailleurs, que selon cet esprit lumineusement binaire, les prostituées sont exclusivement de deux sortes: celles qu'il convient d'insulter en temps que greluches sous meth qui ont le culot de faire des études, preuve qu'elles sont pleines de fric et de temps pour leurs loisirs ; et les autres qui sont toutes des crevardes, ceci à proportion de 1 pour 1000. Whoké²↑

 

échange de tweets

 

Je ne m'étendrais pas plus ici sur tous les clichés putophobes véhiculés par cet échange de tweets entre CSP et NON, me contentant juste de rappeller qu'en temps que personnes n'ayant jamais vécu la prostitution ils en savent évidement un rayon sur le sujet, ainsi que, surtout, sur tous les privilèges liés à cette condition. Plus que les TDS eux-mêmes, d'ailleurs, ces expèces de CSP+ oppressifs et dangereux même pas conscients de tout le bien et de tous les avantages liés à ce statut. Le WTF, c'est bon, mangez-en.

Voici pour le premier shitstorm. Passons à présent à la combo avec le second:

 

échange de tweets


En lisant ce nouvel échange, on pourrait se dire qu'il existe un troisième shitstorm, qui se serait abbatu sur CSP en accusant sa condition de prolo et en fustiguant son mauvais goût. En réalité, ce qu'il s'est passé tiens à trois axes. Premièrement, le fait que twitter soit un flux de messages comportant 140 caractères au maxium, autant dire deux lignes, trois maximum. Il est bien évident pour tout à chacun qu'aucune réflexion un tant soit peu aboutie ne peut se mener au travers de ce format, comme il est bien évident que l'on ne peut pas toujours brillament résumer sa pensée en 140 caractères. J'ose d'ailleurs espérer que c'est bien le piège dans lequel les deux Coin-coin la Riflette sont tombés plus haut lorsqu'ils se sont mis à trainer dans la boue l'intégralité des personnes prostituées, même si j'ai un sérieux doute vu l'absence totale de remise en cause ou de rectification de leurs propos.

Deuxièmement, le nombrilisme des intéréssés, qui se révèlent strictement incapables d'envisager qu'il peut exister d'autres formes d'oppressions que celle qu'ils vivent (en temps que "pauvres" ou "prolos"), des formes d'oppressions tout aussi violentes mais différentes, et qui peuvent bien entendu se cumuler entre elles. Cette incapacité à envisager les autres formes d'oppressions et ce qu'elles impliquent pour les groupes les subissant explique d'ailleurs en partie leur manque total d'empathie et de respect envers les TDS. (Je dis "en partie" parce que leur bétise crasse n'est pas à négliger tant elle se pose là.)

Troisièmement, la frustration et la haine ressentie face à l'injustice qu'ils vivent au quotidien et qui, dans leur cas précis, les pousse manifestement à chercher des prétextes pour cloisonner leurs interlocuteurs dans des rôles arbitraires afin de pouvoir les traiter d'oppresseurs et se faire plaindre par leur TL. Ça doit les rassurer, et cela fait partie intégrante de la magie de Twitter. Bien entendu, le temps qu'ils perdent à aggresser des personnes accessibles sur les réseaux sociaux est du temps en moins pour dénoncer les vrais tenants de l'oppression qu'ils subissent. C'est défoulatoire, mais parfaitement contre-productif puisqu'il s'agit en plus de calomnies éhontées.

Or on ne change pas plus le monde en calomniant sur Twitter qu'en se vantant sur Internet de l'usage que l'on fait de sa bite.

Notez que dans les deux cas, le problème est bien un problème de nombrilisme.

À l'origine du second shitstorm, donc, les deux tweets de Ms Dreydful (ici le 1° , ici le 2°) ou elle tacle CSP en raison de sa conduite odieuse. Il est à noter que Ms Dreydful a très rapidement précisé sa pensée afin d'écarter les malentendus possibles, comme on peut le lire dans le fil de tweets répondant au tweet original. Je conseille à tous ceux qui ne voient pas la différence entre l'attitude de Ms Dreydful, qui revient sur son second tweet, le précise et l'éclaire par quelques arguments et l'attitude de CSP qui continue à blascher sans remords en mode discours oppressif putophobe de base, de consulter d'urgence un spécialiste de l'irrigation du cerveau: ils ont manifestement un soucis.

Que croyez-vous qu'il se passa? CSP prit au vol le prétexte selon lequel Ms Dreydful déclarait ne pas nier son privilège de classe pour la diffamer en arguant qu'elle l'oppressait du simple fait d'être bourgeoise (soit un privilège de situation, pouvant être amené à changer), tandis que lui, qui nie depuis le début ses privilèges en temps que blanc et mâle cis (qui sont des privilèges d'identité, parfaitement immuables) est une pauvre victime du capitalisme. C'est à ce moment là des TL que nous commençons à obtenir ce genre d'échanges surréalistes:

 

échange de tweets

 

J'aime beaucoup ce dernier tweet, tellement révélateur lorsque l'on sait que CSP parlait un petit peu plus tôt de  "doctorat en mousse" , sans voir à aucun moment le problème. Je me demande du coup ce qu'il appelle "mépris de classe", en tout état de fait, puisque son mépris affiché pour l'engeance des prostituées semble lui apparaitre comme parfaitement légitime. Ah, on me fait signe en coulisses que c'est tout simplement parce qu'il les considère comme un ensemble homogène et indistinct de "greluches sous meth" et non comme une classe sociale à part entière. Autant pour moi, j'avais oublié la puissance de sa putophobie intégrée.

Mais ce n'est pas tout. Car quel est le problème dénoncé? Que certaines personnes opprimées selon un axe précis particulier (ici, c'est la pauvreté) se servent de l'oppression qu'elles subissent pour nier qu'il puisse exister d'autres formes d'oppression. Et qu'avons nous ici?

 

échange de tweets

 

 Une personne qui nie purement et simplement qu'il puisse y avoir une oppression purement due à la couleur de peau. En d'autres termes, une personne qui nie l'existance du racisme. TA-DAH! 

Personellement, en temps que prolo plouk tout juste sortie d'une periode de RSA et galèrant pour ne pas y revenir, je l'affirme haut et fort: je conchie cette attitude de merde, en écho avec Ms Dreydful. Le tout du haut de mon privilège de Blanche Neige qui ne s'est pas retrouvée à la rue parce que, malgré les impayés de loyer, la propriétaire à continué de me faire confiance. Parce qu'elle est généreuse, altruise et que nous nous entendons bien. Parce qu'elle est artiste et que je lui suis aussi, un peu. Parce que je suis l'arrière-arrière petite fille des épiciers à qui appartenaient cette maison qu'elle adore. Parce que c'est à mon grand-père que son père à acheté ces murs et qu'elle a une tendresse toute particulière pour les souvenirs et les traces qu'ont pu laisser mes ancêtres. Bref. Parce que nous avons un lien, et ce lien, je le dois en partie à mes origines.

Le fait de ne pas avoir un rond d'avance ne me coupe pas du privilège dont je jouït en temps que Blanche Neige. Et la première expression de ce privilège est d'ailleurs qu'il me sera relativement plus facile à moi qu'à d'autres, non blancs, de sortir de la merde. Et ce serait encore relativement plus facile si j'étais un homme cis. Mais attention, tout est dans le relatif. En d'autres termes, cela ne signifie pas qu'il est objectivement facile pour un homme cis blanc de sortir de la merde, puisque ce n'est pas facile de toutes façons à moins d'un piston magistral. Simplement: s'en sortir est concrêtement encore plus difficile pour une femme, et concrêtement encore un degré de difficulté de plus pour une femme non-blanche. Parce que l'on cummule alors plus d'un axe d'opression. Parce que les axes d'oppression multiples s'ajoutent et ne s'annulent pas.

Sûrs d'eux, et faute d'être capables de prendre deux secondes de recul sur leurs propres conneries, le grand déballage de Bullshit absurde s'est poursuivit dans le hors sujet le plus total, sur fond de diffamation. Voici, donc, l'archétype banal ce que l'on définit aujourd'hui comme le clictivisme: le fait de pousser des gueulantes absurdes sur Twitter en s'inventant des adversaires de papier de toutes pièces pour pouvoir dénoncer des propos imaginaires. Le tout en croyant sincèrement que c'est ainsi que l'on va changer le monde. Lol.

 

échange de tweets

 

Et l'on nottera le très à propos hashtag #bourgessplainning, qui serait mérité si l'on parlait d'un ponte de l'UMP ou de Laurence Parisot expliquant à des chomeurs comment trouver un travail et ne plus être un assisté lie de la société mais là... Huh Comment dire? WTF.

Juste WTF.

Evidemment, à partir de ce moment là, il n'y a plus grand chose à tirer de la conversation sinon de conclure sur le fait qu'effectivement les bloggeuses parlant du racisme et du sexisme sont bel et bien le vrai danger et l'assise même du capitallime qui nous opprime tous. Et comme le dit si bien Coin-coin la Riflette:

 

tweet sexiste à la coin coin

 

 En toute amitié bien sur, et sans crainte que les immondices qu'il à proféré quelques heures plus tôt au sujet des TDS ne fassent l'objet de saisies d'écran à même de rester égallement dans les anales d'Internet, mais en contexte, parce que c'est tellement plus drôle.

 Si vous désirez lire la version de Ms Dreydful sur cette mésaventure, elle en a fait un petit article que vous pouvez lire sur son Tumblr, voici le lien. Enjoy.

 ***

Et, noubliez pas, que vous soyez pauvre ou bourge, si vous avez un toit, si vous avez un ordi, si vous avez internet, si vous avez une tasse de thé, alors tout ne va pas si mal. Buvez le tant qu'il est chaud, simplement...

 

 


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