Petite mise au point à destination des mâles cis-hétéros qui draguent dans la rue.
Écrit par Marwina   
17-11-2013
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- Parfois c'est drôle parfois osef: de plus si tu te fais draguer par un mec dans la rue c'est surtout qu'il te juge accessible #veridique

- D'où l’intérêt de lui filer le numéro du service client des tampons nett quand il demande un tel, avant de se barrer.

- Pourquoi ? C'est pas méchant d'aborder une fille, juger accessible n'est pas juger facile. À part un maso qui irait aborder qqun si il était sûr que cette personne lui mettrait un râteau ?

 

Non, effectivement, méchant n'est pas le mot que je choisirais. Lourdingue correspondrait plus. À noter un fait essentiel, souvent sous-estimé par les dragueurs de rue: ce genre de démarche peut tout à fait devenir agressive, lorsque par exemple on passe du "OH mamzelle t'es tro belle" au "Salope, j'vais t'massacrer la tronche et t'violer tellement qu'même ta mère pourra pu t'reconnaître après." Ce qui, entre nous, n'est pas pire que les hommes polis qui s'accrochent et s'accrochent et insistent même sans jamais en venir aux insultes.

 

Globalement, un homme qui aborde une inconnue dans la rue va se prendre un râteau: c'est la règle.

Parfois, enfin: au début, oui, on ne sait pas trop comment réagir face à la gène, on se demande comment on peut se débarrasser de l'interlocuteur de manière polie, on n'ose pas trop l'envoyer direct sur les roses. Enfin, globalement, faute de savoir envoyer des râteaux prompt et efficaces, on peut donner l'illusion de ne pas être en train de galérer grave pour vous faire dégager de notre chemin. Raison pour laquelle, par ailleurs, toute femme peut le constater: comme avec les années vient l'exaspération et la facilité du "dégage tu m'pompes l'air", les dragueurs de rue s'attaquent presque exclusivement aux jeunes filles entre 14 et 22 ans. (Sans forcément avoir conscience qu'ils abordent une mineure le cas échéant, précisons.) À partir de 22 ans, les femmes sont suffisamment blasées pour avoir développé des techniques d'esquive, de répartie, d'envoi sur les roses et autres systèmes de protection, les dragueurs des rues n'étant pour la plupart pas maso finissent par le comprendre ce qui nous fait éventuellement des vacances. Je dis éventuellement parce que cela reste relatif: il faut que le dragueur soit pourvu d'un cerveau en état de fonctionnement pour que la théorie se vérifie dans la pratique or ce n'est pas le cas de tous, hélas.

 

Pourquoi ces râteaux?

 

En fait, c'est assez simple: nous ne sortons pas dans la rue pour nous faire draguer. Nous sortons dans la rue lorsque c'est nécessaire, par exemple pour aller d'un point A de la ville à un point B. Nous n'avons pas le temps de nous prendre la tête avec un inconnu, même s'il nous trouve jolie. Le but d'une femme, y comprit d'une jeune-femme, n'est pas de recueillir l'aval de votre sexe quand à notre manière d'apprécier notre existence sur cette planète. Le but d'une femme, comme de tout être humain, est d'être heureuse et épanouie. Et, non, vous ne pouvez pas aider. Un bonheur qui dépend d'autrui est un bonheur en leasing. D'une part. De l'autre, une jeune femme qui veut faire une rencontre amoureuse n'ira JAMAIS dans la rue pour cela. J. A. M. A. I. S.

Donc, si vous croisez une jeune femme dans la rue, c'est qu'elle ne cherche pas (en tous cas dans ce moment) à faire de rencontre amoureuse.

 

Nous vivons dans une société ou il nous a été expliqué depuis notre plus jeune âge que sortir seule dans la rue pouvait être dangereux. Que parler avec des inconnus pouvait être dangereux. Que s'habiller de manière sexy pouvait être dangereux. Qu'accepter un café et discuter une petite heure pouvait être pris pour un signe de consentement explicite à l'acte sexuel et qu'il ne fallait pas se plaindre après si l'on se faisait violer .

 

Éventuellement, nous avons vu des amies victimes de viol se faire shamer sur le thème "tu l'as un peu cherché quand même tu aurais pu être plus méfiante et blah et blah et blah."

Éventuellement nous avons été victime d'un viol et nous avons eu le choix détestable entre garder le silence ou se faire shamer sur le thème "tu l'as un peu cherché blah blah".

 

BREF.

La rue n'est pas un endroit ou une jeune femme seule se sent naturellement autorisée à flâner, au hasard des rues et des rencontres. Bien sur, cela peut arriver: mais c'est alors le fruit d'une déconstruction systématique des préceptes sociaux de genre qui sont inculqués à notre sexe depuis le plus jeune âge. Je ne trouve pas ces préceptes de genre légitimes, je les trouve même fondamentalement crétins, mais je suis dans cette société et je les subis: la rue n'est pas un endroit pour moi. Sauf si je veux prendre le risque de me faire violer.

 

De fait, toute intrusion dans notre espace sera vécue comme indésirable. Voir comme une agression.

On ne le dira pas forcément aussi ouvertement.

Mais vous nous gonflez sérieux à nous aborder, alors qu'on veut juste aller vaquer à nos trucs persos qui vous regardent pas et être tranquilles.

 

Vous savez l'effet que cela produit quand un Mormon ou autre vous arrête dans la rue pour parler de Dieu? Combien on peut répondre sèchement dans ce genre de cas? Eh bien, nous vivons la drague de rue de la même manière: comme une nuisance. La différence c'est que vous ne vous faites pas arrêter par un Mormon toutes les 5 minutes. Imaginez un peu...

Nous pouvons nous faire arrêter par un dragueur de rue toutes les 5 minutes. Non, je n'exagère pas.

 

Ce pourquoi j'avais développé cette technique des numéros de téléphone lorsque j'étais à la fac. Je ne donnais pas celui des tampons Nett, c'est un numéro vert: pas très crédible. Mais le téléphone du Trésor Public, par exemple, peut faire l'affaire. Peu importe en fait, pourvu que ce soit drôle.

 

Vous noterez que, en tout état de fait, ce n'est pas non plus méchant.

 

Si vous voulez que les femmes se sentent naturellement à l'aise et à leur place dans la rue, devenez féministe et aidez-nous à combattre les clichés sexistes.

 

 

 

Réactions

 

Si vous désirez réagir à cet article, tweetez-moi @Lady_Marwina et on cause.

 

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Réponse typique du type incapable de prendre un peu de recul vis-à-vis des problèmes vécus par d'autres que lui:

(il s'agit de la personne dont je cite les propos en début d'article)

 

 

 La grande vérité ultime et totale du mâle à parlé! Moi pauvre petite conne, si je ne rencontre que des gros lourds ce n'est pas du tout l'attitude des gros lourds qui est à blâmer, NON.

C'est la mienne.

Parce que j'ai un "profil à gros lourds". Trop heureuse de le savoir.

 

Comme d'autres avaient soupsonné que j'avais manqué de prudence, ce qui expliquait mon viol (bhah oui, j'avais qu'à être plus méfiante aussi) en voila un, c'est assez tristement habituel, qui pense que je devrais me remettre en cause.

 

Monsieur le mansplainneur, ce n'est pas parce que vous n'avez jamais, en temps qu'homme, été confronté à une nuisance qui ne concerne que les femmes (extraordinaire n'est-ce pas?) que cette nuisance n'existe pas, ou n'est pas générale, ou quoi. Mon vécu n'a rien d'extraordinaire, il est celui de toutes les femmes sans aucune exception. Nous nous faisons toutes emmerdées lorsque nous marchons dans la rue. Toutes. Certaines minismisent, peu en parlent, mais c'est un fait GÉNÉRAL.

 

Mon éventuelle faculté à attirer les gros lourds n'a rien à voir la dedans. D'ailleurs, à titre personnel, je n'attire pas particulièrement les gros lourds, en tout état de fait depuis que j'ai découvert le costume historique j'aurais plutôt tendance à les repousser.

 

Parce que j'ose écrire une vérité comprise et partagée par une écrasante majorité de femmes, je serais très fermée d'esprit.

Huh.

Comment dire.

 

NON.

 

C'est VOUS qui êtes fermé d'esprit, en refusant d'envisager le point de vue de l'ensemble de la gent féminine. Et commencez pas à me dire que je devrais moi aussi écouter. Le point de vue des hommes sur la question, il passe à la télé, tout le temps. TOUT LE TEMPS. Le glamour de la rencontre au hasard des rues, on connait, on en bouffe en permanence dans els films, les séries, les livres. Blah blah blah. Ça reste quand même un délire de mec, qui ne trouve aucune réciprocité dans la pratique chez les femmes. Aucune femme n'aime être abordée par un inconnu.

D'ailleurs, vous n'en abordez pas dans la rue pourquoi? Parce qu'au fond vous sentez bien que ce n'est pas le moment, que vous êtes en trop, que vous allez derranger, que ça ne se passera pas comme dans un film de disney. Eh bien: vous avez raison! N'abordez pas dans la rue, c'est un coup à se faire envoyer sur les roses.

 

«l'idée d'y faire une belle rencontre au hasard d'un passage m'a toujours plue.»

 

Ce n'est pas parce que cette idée peut vous plaire à vous, personellement, en temps qu'homme, qu'elle peut plaire à une femme dans la pratique. En fait.

Dans la théorie, oui, les contes de fées plaisent à tout le monde, c'est sur.

Dans la pratique, ça n'a rien a voir. Cf explications plus haut.

 

Voyez-vous, en matière de rencontres amoureuses, moi, ce qui m'a toujours plu c'est l'idée de rencontrer quelqu'un avec qui je partage plein de choses, des passions, des envies, des centres d'intérets communs. J'ai donc fait ce que toute personne normalement consitutée ferait dans ce cas: je me suis adonnée à mes activités préférés afin de rencontrer des gens sur place. Non seulement je me suis fait des amis qui partageaient mes centres d'intérets, mais en plus j'ai rencontré un beau jeune homme, qui est depuis devenu mon époux. Le 18 août prochin sera le 9ème anniversaire de notre couple, et le 21 juin prochin notre 5ème anniversaire de mariage.

C'est plutôt chouette.

 

Sincèrement, vous devriez y pensez aussi si vous voulez faire une belle rencontre, plutôt que de vous rêver en train d'oser aborder une inconnue dans la rue. La vie n'est pas un livre de Barbara Cartland. Dans la vie, rencontrer quelqu'un de suffisament compatible au niveau personalité n'est pas une mince affaire. Vous pouvez imaginer que cela arrive comme ça, pouf! magie, mais en fait non.

Ce n'est pas si simple.

 

Dur dur la réalité...

 

Bon après si vous n'êtes en réalité pas célibataire, on est possiblement face à un autre problème qui est celui du respect de l'autre dans le couple. Mais c'est un autre histoire.

 

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J'ai reçu cette réaction de la part de Self Made Girl @Daankiv (merci pour la remarque) et j'en profite pour vous conseiller de la suivre sut Twitter :

 

«À la base pour beaucoup d'entre nous, le but n'est pas de se faire draguer en sortant maintenant lorsque cela arrive & ce que tu n'as pas envisagé, c'est que l'approche ne soit pas lourde, déplacée, perverse et qu'il puisse avoir un véritable échange qui en découle. Et ces cas là n'ont rien à voir avec les harcèlements de rue, ou les hommes totalement frappés. »

 

Alors donc, effectivement, je suis d'accord il peut arriver qu'un échange débuté par hasard dans la rue avec un homme s'avère agréable. Ça m'est même déjà arrivé. Par exemple ce mot, "zozotérique", que j'emploie souvent me vient d'un homme avec qui j'avais discuté une fois par hasard dans la rue, c'était un bon moment, mais je ne l'ai jamais revu. (C'est fort dommage d'ailleurs). Il m'est aussi arrivé de passer de bons moments à discuter avec des inconnus dans le train. Etc.

Ceci dit, ces rencontres ont généralement un point commun: la discussion tourne autour d'un centre d'intérêt commun et non de drague. Ce sont des rencontres entre deux personnes, et non pas entre un mâle à la recherche d'une partenaire et une partenaire potentielle.

Ce qui fait toute la différence.

 

Ceci dit, ce serait chouette de recensser nos bonnes expériences de rencontres imprévues, en explicitant le contexte et les petites subtilités qui faisaient que l'échange était agréable aussi pour nous. Peut-être qu'une description des moments agréables pourraient permettre à certain de comprendre en quoi et pourquoi leur manière d'aborder est vraiment lourde. Et ce qu'il faut changer dans leur attitude.

 

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Suite à la publication de cette réaction et de ma réponse, j'ai reçu une contribution plus complète, cette fois-ci par mail, sous la forme d'un témoignage que vous pouvez lire ci-après. (NB: ne m'envoyez pas de mail sans me prévenir sur Tweeter, ma boite est une jungle de spam et je ne la relève que lorsque je sais que j'ai quelque chose d'interessant à lire.)

 

«[...] Concernant, le sujet des rencontres de rue vs la drague, je le tweetais il y a quelques jours en disant à quel point je trouvais la drague brutale. Dans cette situation, il ne s'agissait absolument pas d'un inconnu dans la rue mais d'une connaissance qui depuis quelques jours se montrait particulièrement déterminée.

 

Pour dire vrai, je n'ai pas de véritables mauvais souvenirs de rencontres dans la rue, à vrai dire lorsque j'étais plus jeune, les hommes (excluant père, oncles, frères, cousins ) de mon entourage ne se déclaraient pas tandis que dans la rue, ils me trouvaient jolie, charmante. Et je pensais que cela était un indicateur de ma beauté... Heureusement que j'ai grandi et que je ne me suis plus basée sur l'avis de quelques individus pour m'accepter telle que j'étais et me sentir désirable ou autre.

Au fur et à mesure du temps, j'ai même compris qu'être trouvée jolie n'était pas une raison pour donner son numéro, c'est à l'appréciation de chacun.

J'ai appris à dire NON et à refuser de laisser mes coordonnées, maintenant lorsque je vois que l'homme insiste trop, je le laisse noter son numéro sur un de mes post-it en ne le rappelant jamais *j'ai toute une collection de numéros*

 

La rue, cet endroit de tous les dangers comme nous apprennent nos mères. Pour autant, c'est " là-bas" que j'ai trouvé mon premier petit copain, dans les transports en commun.

Ce soir là, je rentrais d'un événement et je voulais rentrer chez moi, lui sortant du travail voulant rentrer chez lui, il m'a aperçue et m'a prise pour cible, je l'avais repéré mais j'ai préféré mon bouquin de psychologie à sa drague. Il a fini par me parler et ce que je pensais être une réplique de 10 secondes pour lui dire de poursuivre son chemin s'est transformé en conversation de deux heures dans laquelle nous avons parlé sciences sociales, de conceptions de la vie et j'en passe. Une très belle rencontre et un grand pas dans ma vie de *jeune* femme qui pour autant ne s'est pas faite sur les bancs de la fac ou lors d'un dîner organisé par des amis.

 

Je crois qu'il n'y a pas d'endroits pour rencontrer quelqu'un, et je crois fondamentalement que lorsqu'on laisse une ouverture même minuscule à l'autre, il s'y faufilera toujours. Que ce soit par le regard, par un sourire ou une attitude même si la gestuelle peut être terriblement trompeuse.. Beaucoup sont très timides, ou n'osent pas car ce ne sont pas dans leurs habitudes. Pour moi, cela est ce que l'on appelle une rencontre.

Je ne néglige jamais ces rencontres car dans la rue, dans les transports, il n'y a pas que l'amour, il y a l'interaction entre les gens, du partage, de la générosité émanant de ces échanges, faire attention aux gens qui nous entourent c'est tellement bon, on y gagne.

 

Maintenant, cela ne remplace pas ces hommes qui nous suivent, nous distribuent des phrases toutes faites, et passent le plus clair de leurs temps en attendant " de la meuf "

Ceux qui peuvent se montrer très virulent dans les paroles ou dans leurs comportements très hostiles et là, ton article me semble totalement approprié.

Combien d'hommes manquent de respect aux femmes sous prétextes qu'elles leur plaisent mais .. de quel droit ? Au nom de quoi ?

 

En tout cas, je te remercie pour la modification apportée, et la prise en compte de mon point de vue, tu n'étais pas obligée mais ça prouve que tu n'es pas bornée dans ton idée et que tu sais prendre en compte l'avis extérieur..

[...]

 

Signé Ryel.»

 

 

 

Chère Ryel,

 

Je te remercie pour le témoignage. Il éclaire parfaitement le côté agréable que peuvent avoir les rencontres de rue, sujet qui n'est pas du tout abordé dans mon article puisque je traitais du sujet de la drague de basse-cour urbaine. L'article ne se référait, comme le titre l'indique, qu'uniquement aux problèmes des hommes cis-hétéros dragueurs de rue. Avec tout le négatif que l'attitude implique et la gêne qu'elle provoque pour la gent féminine dans son ensemble.

 

Heureusement, ils ne sont pas la majorité parmi la gent masculine. Même si leurs attitudes désagréables font qu'ils sont ceux dont on parle le plus, d'un autre côté il est strictement impossible de les éviter lorsque l'on est une femme. Alors qu'il est au contraire très facile de ne pas voir ou de passer à côté d'une belle rencontre, ce que ton témoignage démontre: même en ayant remarqué ce jeune-homme, tu as eu ce premier mouvement de défiance. J'aurais eu exactement la même réaction, évidemment.

 

Cette réaction de défiance, je l'ai d'ailleurs déjà eu. Pourquoi n'ai-je jamais revu le garçon avec qui j'avais si bien discuté au hasard des rues? Eh bien, malheureusement... J'ai perdu son numéro au milieu de tous les numéros de nuisibles que j'avais dans mon sac. Hors de question bien sur de tester chacun d'eux jusqu'à tomber sur le bon. Argh.

 

En te lisant, je me dis qu'un article sur les compliments bien tournés pourrait être une idée. Je lancerai bien une opération "quel genre de compliment vous touche, quel genre de compliment vous gonfle" sur tweeter, sauf que j'ai pas trop d'idée de hashtag parlant. Si quelqu'un a, je prends. :)

 

Une autre chose amusante à recenser seraient les lieux les plus insolites ou faire de belles rencontres, y compris amoureuses. À Aix-en-Provence, certains étudiants se rendraient à la cathédrale pour cela, certains soirs de la semaine il y avait un repas dans les caves.

 

Encore merci et à peluche. :)