Amitiť (l')
…crit par Marwina   
19-01-2007
 Dictionnaire des mots premiers et de leurs multiples, 

L'Amitié

Je commencerai par nommer le sentiment.

L'amitié, donc, découle directement du fait que l'homme est pour l'homme, plus que tout autre être vivant, aimable. Profondément aimable. -détestable, haïssable, cruel aussi: l'un ne peut être aussi fort sans que l'on puisse trouver dans les antipodes la même débauche dans l'extrême. Mais, avant toute chose, profondément aimable. Aimable au sens propre du mot : digne d'amour. Mais tous les amours ne sont pas ceux d'une mère ou d'un père, d'un frère ou d'une soeur, d'une femme ou d'un amant, alors il fallait inventer le mot pour le sentiment : l'amitié.

Comme l'amour, l'amitié se décline. Il y a des petites amitiés et des grandes. Les petites amitiés, nous les connaissons bien. Ce sont les moins dangereuses, et, souvent hélas, les plus franches. Elles sont utiles et même indispensables à la vie en société. Elles vont, elles viennent, et là est tout leur intérêt. Les petites amitiés sont en vérité une occasion d'apprécier ses semblables. Mais le sujet qui nous interesse ici, et qui nous tiens à coeur, est celui des grandes amitiés. L'Amitié avec un grand A. Qu'est-ce que l'Amitié?

 

Plus rare, et combien plus décevante.

 

De cette Amitié là on dit souvent qu'elle est fondée sur trois piliers de marbre. La confiance, l'entraide, le partage. Le partage vient souvent en premier. Le « copain » : celui avec qui on partage son pain. Et plus. Des envies, des passions, des projets. Des choses, des tas de choses. Dans le partage, on se fait un ami, et l'on touche à ce que l'Amitié à de plus agréable. De la nous tirerons une Règle d'Or, valable en toutes situations : il faut en profiter, et en profiter tant que l'on peut, quoi qu'il arrive. Nous verrons plus tard pourquoi, mais surtout comment.

 

Ensuite vient la confiance. S'ouvrir à l'autre. C'est aussi une manière de partager ! La confiance semble indispensable à toute Amitié. Lorsqu'elle est enfin là, elle s'impose comme le socle, le fondement, l'indispensable. Car elle contient en elle-même la trahison, la confiance est ce que l'Amitié à de plus cruel.

 

Enfin, l'entraide. L'entraide est ce que l'on attend généralement de l'Amitié. Dans bien des cas, c'est à tord. Il n'y aura pas d'entraide. Une porte claque. En cela, l'entraide est ce que l'Amitié à de plus décevant.

 

Cette Amitié avec un grand A, si elle est vue ainsi, est un sentiment que l'on partage, dans la joie et l'allégresse, tant que tout va bien : c'est à dire tant que les trois piliers de marbre sont respectés. Dans quelques rares cas, ils le sont et le resteront jusqu'à la fin des temps. Ce qui est une occasion de se réjouir ! Mais aussi et surtout une occasion de se dire que l'on est entouré par des gens en or. Bien souvent, en effet, les piliers faisaient illusion car ils n'avaient jamais étés mis à l'épreuve. Une fois au pied de la chose, on s'aperçoit qu'ils n'étaient qu'une pale imitation en plâtre peint version faux marbre. C'est un peu comme certains amours, en tout aussi douloureux mais sans les gosses.

 

Lorsque l'on s'appreçoit de la supercherie, on fulmine, on colère, on proteste, on pleure, on ne veut plus jamais revoir. dégoût total.

 

A tord.

 

Oh combien à tord... Comme nous allons le voir à présent.

 

Battir une Amitié sur ces trois piliers, et y croire dur comme fer, est dans les faits très souvent une grossière erreur d'une naïveté sans bornes. Quelque chose de très humain! Du sentiment, de l'instictif, du ressenti. Par essence, sujet non pas à l'erreur, mais au changement. Dans le tarot, les sentiments sont représentés par l'énergie des « coupes ». Ce qu'il est important de comprendre, c'est que les sentiments ne sont pas la coupe en soi, mais ce qu'elle contient. Un liquide, fluide, coupe à moitié pleine où à moitié vide, qui se remplit, que l'on boit sans soif ou sans faim, sans fin. Qui se renverse : catastrophe ! voilà ce que sont les sentiments.

 

Autre chose dans la coupe, indispensable à prendre en note. Une coupe peut bien se vider, et se remplir de toiles d'araignées sèches au fond d'un coin de grenier, il sera toujours vrai et ce pour l'éternité qu'elle fut pleine un jour. Cet élément est très important pour qui veut pouvoir suivre jusque dans les plus inattendues limites la Règle d'Or plus haut énoncée.

 

Deuxième chose, sentiments et raison. Une vérité qu'il faut exprimer ici, pour qu'elle s'imprime, claire et lumineuse. Avec le coeur, on ne se trompe jamais, sauf à se fourvoyer dans l'égoïsme. Ainsi, éprouver de l'amitié pour une personne qui vous trahira plus tard n'est pas avoir fait une erreur. Du tout. Le croire est en vérité se tromper d'erreur. On pèche en ce cas non pas par sentiment mal placé, amitié mal confiée, mais par méconnaissance d'une personne dont on a trop attendu. Oublions donc cette illusion naïve des trois piliers et penchons nous sur ce qu'est vraiment l'Amitié, la grande Amitié, non celle des livres mais celle vécue par les hommes. Et qui n'a rien a voir avec le simulacre fragile qui en tient trop souvent lieu d'illusion.

 

Première règle, connaître l'autre. Pas pour des raisons de confiance, la pleine confiance n'est nullement indispensable en amitié, mais pour savoir à quoi s'attendre. Il sera toujours à temps d'accorder sa confiance une fois la personne amie connue. Pour ce faire, il n'est surtout pas nécessaire de questionner, ni même de parler. Non. Le plus révélateur sera dans les actes. Le moyen le plus simple et le plus fiable est de partager, faire des choses ensemble, et aussi à côté, et écouter. Ecouter l'autre raconter sa vie. Ce qu'il dit, comment il le dit. Ce qu'il ne dit pas, ce qu'il cache. De quoi il se vante. A telle personne que vous appréciez et qui vous raconte les petits secrets de tout le quartier, ne confiez pas les vôtres. Question de principe. Faire des confidences à une pipelette c'est accepter que sa vie privée soit racontée sous couvert de vantardise. Vous plaindre, c'est être plaint, et pris en pitié par d'autres. Toutes les amitiés ne peuvent supporter les confidences. La sagesse n'est pas de se fâcher après coup, jamais, mais de prévoir et de ne pas raconter n'importe quoi...

 

Comme en amour, tel garçon ou telle fille que l'on a volé depuis les bras d'une connaissance. Ne pas s'attendre à avoir là un être fidèle. Ce partenaire sensible s'en ira comme le vent au premiers charmes venus.

 

Connaître l'autre, donc, et en particulier ses défauts. Les défauts en Amitié sont toujours plus importants que les qualités. Telle ou telle personne qui se dit votre ami sait-elle vos défauts? Vous les cachez? Alors cette personne ne sait pas ce qu'elle dit. Car on en peut pas être dans l'Amitié qu'en aimant une personne entière, défauts compris. Lorsque l'on connaît, on accepte l'autre dans tout son être.

 

Pour certaines personnes, ce n'est pas possible. Elles fuient au moindre défaut apparent. A ces personnes, ne vous montrez pas : elles vous craindraient. Acceptez les simplement comme elles sont, toutes bercées d'illusions sur la nature humaine. Ou plutôt sur la nature des autres. Certaines personnes ont besoin d'avoir l'impression d'êtres entourées de gens parfaits et sans défauts pour s'accepter. C'est encore la une attitude très humaine, bien qu'également très enfantine. Mais quoi ! Cette immaturité doit-elle être un obstacle à l'Amitié? Je ne le pense pas. Le tout est toujours de ne pas attendre des autres ce qu'ils ne sont pas en mesure de vous donner.

 

En premier lieu, ce qu'il ne faut pas attendre d'un ami est la réciprocité. Ce n'est pas parce que vous faites l'effort d'accepter les défauts de l'autre que l'autre va obligeamment faire de même, nous venons de le voir. Il faut souvent beaucoup de temps pour se faire accepter tel que l'on est. Car quoi? L'être humain est aimable, mais la nature humaine est si laide. Accepter les défauts d'autrui, c'est accepter de reconnaître que l'on en a, soi aussi. Des tas. des centaines. Trop. Trop peu de personnes sont prêtes à faire ce pas. Et voilà, encore, une réaction purement humaine. Comment en vouloir à quiconque pour si peu? Lorsque l'on cherche en amitié à être aimé entièrement, défauts compris, ils ne faut pas aller voir les gens qui n'acceptent pas leurs propres défauts. Ecoutez tel ami parler : cache-t-il ses défauts? Faites de même. Les adeptes du masque ne supportent pas la vérité de l'être. Il faudra chercher cela ailleurs. Par contre, tout ce que vous pouviez partager avec ces gens là reste vrai. Confère Règle d'Or. Lorsque l'on attend pas l'impossible, l'appliquer n'est pas bien difficile. et toujours agréable.

 

En second lieu, donner. Tout ce que vous aimeriez pour vous de la part d'un ami. Soyez vous même pour les autres votre ami idéal. Présent, fiable, discret. Et surtout, ne jugez jamais. Ne critiquez que si la critique peut être entendue (les meilleurs amis en sont demandeurs). Ne donnez de conseils que dans le besoin. Soyez disponible, surtout en cas de problème. N'hésitez jamais à tendre la main. Tout ce que l'on ne fera pas, tout ce que l'on a jamais fait pour vous, faites le pour vos amis. Avoir des obligés, nombreux et reconnaissant, est toujours une bonne chose. Même s'il n'arrivent pas à vous rendre la pareille, ils finiront par dire tant de bien de vous que votre vie en deviendra plus facile. Testé et garanti.

 

La seule chose à ne pas faire, ne pas donner de nougat à des cochons. Où, autrement dit, n'aidez qu'à hauteur du minimum syndical un ami ingrat (c'est à dire si le problème est vraiment un gros problème. Toujours tendre la main dans ces cas là. Et en particulier à ses ennemis, d'ailleurs.). Cela plutôt que lui rendre service au pied levé et lui reprocher après son ingratitude, chose qui serait stérile. S'il se rend compte de la différence de traitement, il sera toujours à temps d'invoquer tel où tel service rendu, même fictif, et de jouer les innocents sur le thème « Tu avais besoin d'aide, zut alors ». Si l'amitié est véritable et l'histoire bien faite, peut-être verrez vous votre ami changer (surtout si il vérifie pour le service et s'aperçoit que non. Dans ce cas : il est toujours préférable de soutenir que oui de votre côté. Ne dites jamais à un ingrat qu'il est ingrat. d'autres s'en chargeront toujours pour vous.) Il n'en tiendra ombrage que s'il cherchait un motif de dispute où une raison de vous en vouloir. Auquel cas vous ne perdez pas grand chose à la rupture. Les mais ingrats sont les plus difficiles à gérer. L'ingratitude est également très humaine, comme la fierté, mais ce défaut entraîne plus de frustrations dans l'entourage de la personne qu'un autre. En particulier, on partage moins avec quelqu'un d'ingrat. Il est donc nécessairement difficile de s'en faire un véritable ami.

 

En revanche, l'ami ingrat peut faire briller votre générosité et votre altruisme, ainsi que votre mystère, auprès des « amis pipelettes » et des « amis qui ne voient que les qualités ». Les ingrats permettent donc au moins de se faire mousser, d'une part, et de l'autre (grâce à la pipelette) de faire courir le message quand au nécessitées de changement de caractère jusqu'aux oreilles du principal intéressé. Il faut pour cela s'assurer que la pipelette et l'ingrat ont au moins une connaissance en commun. Il ne faut pas avoir trop de cas de conscience face aux amis ingrats. Chacun est humain, et ils méritent ce traitement plus qu'une prise de bec sévère sur le sujet, rapidement délétère pour la relation dans ce cas précis. On peut toujours vouloir agir comme un saint, on ne l'est pas pour autant. Surestimer sa propre patience est souvent cause de nombreux problèmes. Il ne faut jamais laisser la situation dépasser les bornes, pour cela éviter les situations où le fait est probable en court-circuitant la suite de causes à effets qui y mènent. A la sortie, ingratitude ou non, l'essentiel reste avant tout de prendre du plaisir à partager des choses. Tout le reste se pardonne, où, au pis, se fait pardonner.

 

Chapitre suivant : le pardon.

 

A un ami, on peut toujours pardonner. Voir à défaut de pouvoir excuser (le pardon est ce qu'il reste quand l'autre est inexcusable...) Parce que toute réaction est humaine, et donc par là peut être comprise. Les fautes, les faiblesses, ne sont jamais le portrait objectif d'un individu. L'ami doit toujours être avant tout celui avec lequel on partage tant de choses.

 

Pardonner ne veut pas dire oublier. Toujours garder en mémoire les faiblesses de l'autre, pour savoir sur quoi compter et sur quoi ne pas compter. Cela évite bien des malentendus... Les choses doivent êtres claires ! Cela étant, continuer de partager comme si de rien n'était après avoir expliqué « Je te pardonne et ne t'en veux pas, mais je sais à présent que je ne compterai plus sur toi pour telle ou telle chose » fait d'avantage réfléchir la personne concernée que toute discution passionnée, où elle cherchera à avoir raison où à se justifier. Il ne faut jamais demander de justification, elles sont tellement inutiles. Il ne faut pas non plus juger, car ce serait se retrouver face à l'avocat du diable. Après un conflit, c'est toujours la dernière chose dont on a besoin. Le pardon est plus simple. Et il sera d'autant plus efficace que la réconciliation sera sincère. Sur cette base peuvent démarrer de très bonnes et très fiables amitiés.

 

En règle générale, une amitié qui se relève d'une dispute, à plus fortes raisons une grosse dispute, est une amitié extraordinaire. Alors, si vous vous trouvez un jour dans ce cas, voyez ce que vous cherchez.

 

Pour surmonter ce genre d'épreuve, la mesquinerie peut-être votre alliée : en effet, la personne qui pardonne se retrouve en position de force. Si vous parvenez à pardonner sans arrière-pensées, gardez toujours en mémoire que la personne à qui l'on pardonne se sentira en position de faiblesse. En avoir conscience peut éviter, la encore, bien des malentendus, car, dans un cas comme dans l'autre, si amitié il y a il faut s'efforcer de rétablir l'équilibre dans les positions de l'un et de l'autre. L'Amitié n'admet que très mal (c'est un euphémisme!) ce genre de hiérarchie. Ce pourquoi il est en vérité plus facile de pardonner simplement sincèrement. Au pis, prendre le temps nécessaire au recul.

 

Le temps, s'il n'est pas employé à ressasser des stupidités, peut sauver bien des amitiés à la dérive. Une dispute part toujours d'une stupidité. C'est d'ailleurs pour cette raison que la vie est beaucoup plus simple lorsque l'on agit avec discernement et sagesse. Avec les amis, la meilleure solution est souvent de s'en tenir à la Règle d'Or. Les bons amis sont trop rares pour êtres perdus à cause d'une stupidité. Le coeur, lorsque tout allait bien, savait dire avec justesse ce que valait ce sentiment : il faut toujours s'en tenir à cette raison pour juger à défaut de recul, en particulier dans l'adversité, et ainsi sauver ce qui doit l'être. L'étendue de la bonté humaine se jauge aux meilleures actions, et non sur la moyenne des pires (sinon, qui s'en sortirait?) Les meilleures amitiés méritent de gros efforts. Or l'effort ne peut exister que dans l'adversité. Vous avez là la raison qui fonde le précepte que j'ai énoncé plus haut : Il faut toujours se comporter à l'image de l'ami idéal, même lorsque ce n'est pas réciproque.

 

Récapitulations,

 

Premièrement, Connaître l'autre afin de savoir quelles sont ses faiblesses. Les accepter. L'aimer aussi humain qu'il puisse être, entier et sans concessions.

 

Deuxièmement, Ne jamais attendre d'une personne ce qu'elle ne peut pas vous donner. Tout n'est pas à la porté de tout le monde. Il n'est personne à blâmer là dessus.

 

Troisièmement, se comporter en ami idéal en toutes circonstances sans attendre forcément de retour.

 

Et, Règle d'Or:  partager avec ses amis en toutes occasions possibles. Profiter au maximum des bons moments de la vie. S'amuser ensemble, le plus souvent possible. Remettre ça. etc.

 

Une relation de ce type, en amitié, peut tout à fait être partagée au sens de réciproque. Nous touchons dans ce cas de très près l'Amitié idéale. Elle est rare, mais ce n'est pas une légende. Heureux sont ceux qui l'ont apprivoisée.

 

Pour les autres, il faut savoir que la recette donnée ici est le meilleur moyen de l'attirer. Où même de l'obtenir... Les gens peuvent beaucoup par amitié si l'on est adorable avec eux. En attendant, ce comportement reste toujours la meilleure façon de gérer ses amis, dans toute la faiblesse de la nature humaine. Donc la meilleure façon de les rendre heureux, d'une certaine manière, la meilleure façon de toucher soi-même au bonheur.

 

Alors, nous en arrivons à notre conclusion, à la réponse tant attendue à la grande question : Qu'est ce que l'amitié?

 

L'amitié, c'est franchir à plusieurs tous les embêtements que l'on aurait jamais pu avoir seul.. Pour mieux fêter la victoire en se retrouvant ! Toujours avec le sourire.

 

Au prochain chapitre, nous étudierons les petits riens qui font plaisir. Ils sont d'ailleurs d'une importance capitale en amitié. Voyez par exemple : à une personne en panne de motivation pour publier sur son site, proposez un sujet tel que celui-ci, sur lequel elle s'éclatera, retrouvant toute son inspiration. Merci Val, c'était vraiment une bonne question.

 

 

                                                          Bien à fous,
                                                                   Enfers et contre tout,

                                                              Lady Marwina

 


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Portrait d'Emile Zola par son ami Edouard Manet.

Zola admirait le peintre, et n'a jamais cessé de louer son génie,

envers et contre tout ce qui pouvait se dire du vivant de l'artiste.