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De l'impunité du troll Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marwina   
19-12-2013
De l'impunité du troll

et de la gravité des menaces sur Internet

 

 

 

Internet en général et les réseaux sociaux en particulier donnent une impression d'anonymat, d'ailleurs fortement entretenue par les fables que les ennemis de la neutralité du Net développent dans les médias afin d'asseoir leur emprise et d'installer leur petite censure en traître. Cette impression d'anonymat est évidemment un gros hoax, si ce n'est le plus gros hoax de tout Inernet.

Par contre l'impunité relative qui y règne est quand à elle bien palpable. Je dis relative car, même si les plaintes sont rares en pourcentage du nombre d'infractions et de délits commis, Internet n'est pas et n'a jamais été une zone de non droit au regard de la loi. Le code civil s'applique partout.


La seule particularité d'Internet vraiment notable vis-à-vis des infractions et délits punis par la loi est celle de la prévalence de la trace, qu'elle soit écrite, visuelle ou sonore, dans la mesure où la plupart des échanges entre personnes comme des mises en ligne laissent des traces très concrètes et consultables après coup. Cela est particulièrement vrai des statuts, tweets, commentaires, billets que l'on peut rencontrer sur la toile. Ainsi le harcèlement, les menaces, les injures ou la diffamation commises par ce biais peuvent bien plus aisément êtres prouvés que lorsqu'ils résultent d'une altercation en face à face et en particulier lorsqu'il n'y a pas de témoin: le cas classique du parole contre parole ne fonctionne pas sur le Net.

Les preuves peuvent êtres relevés de manière irréfutable par un huissier dans les cas ou cela est possible (il faut que la publication problématique soit toujours en ligne et visible pour faire l'objet d'un constat) mais, même sans cela, les captures d'écran restent des éléments à charge non négligeables pour appuyer une plainte, par exemple pour menaces ou harcèlement.

 

Pour une raison que je ne m'explique pas sinon la bêtise humaine, on constate pourtant que, dans l'imaginaire collectif, l'Internet est un peu une sorte de terrain de jeu sans règles ou tout serait permis et surtout le pire à partir du moment ou l'on agit sous un pseudo. Comme si le pseudo numérique avait une sorte de pouvoir magique étrange. Comme s'il n'était pas totalement transparent pour les autorités judiciaires, pour peu qu'elles aient intérêt ou devoir de se pencher sur la question. Comme s'il était difficile de remonter à la source et de trouver l'identité civile du concerné.

 

Pourtant, l'utilité des pseudo Internet n'est pas un grand mystère. Nous savons qu'ils permettent des tas de commodités, comme par exemple éviter la confusion entre les homonymes. Ils permettent de se choisir un nom de plume, et ainsi de pouvoir publier en public ses opinions, ses journées, ses envies, ses passions sans pour autant livrer toute sa vie numérique au premier employeur venu ou tout autre indiscrêt désireux d'en apprendre plus sur vous. Ils servent à éviter que les grandes enseignes ne puissent trop facilement détailler un portrait précis de vos habitudes et de vos goûts afin de vous spammer de pub ciblée. Alors, certes, la protection des données à caractère personnel par l'utilisation d'identitées numériques dédiées et celui de compartimenter les informations n'est pas vraiment un art maîtrisé par toute la population mais enfin: le but premier des pseudos internet, c'est ça. Même si certains ne vont pas au delà du côté swag de la chose.

 

Croire que l'on peut être anonyme sur Internet simplement en se créant un pseudo est l'essence même du point Pirate de la Ternette, niveau zéro pointé, et, si je suis étonnée que l'on puisse être assez crétin pour le croire il existe manifestement sur la toile un certain nombre de personnes pas du tout au fait de ce petit détail. Lorsqu'il se servent de cet anonymat de facade pour dire les pires horreurs, blesser ou choquer, ou tout simplement prendre un malin plaisir à agresser les autres utilisateurs du Net, ils sont communément appelés trolls. Entendons bien que je parle ici du toll bien méchant, et non pas des personne qui disent en plaisantant faire du trolling alors qu'en réalité elles argumentent sur des sujets sérieux ou leur point de vue est légitime.

 

Petite parenthèse sur la légitimité du point de vue: si vous êtes une jeune femme noire et que vous parlez du thème croisé du racisme et du sexisme, vous parlez d'un problème qui vous concerne et d'un sujet que vous maîtrisez de par votre vécu. Vous êtes donc pleinement légitime sur ce sujet. Si vous êtes un homme blanc cis, votre point de vue personnel n'est à aucun moment légitime sur ce même sujet, il vous faudra impérativement étudier de près le point de vue des personnes légitimes et le comprendre avant de pouvoir dire quelque chose d'intelligent sur la question. Et, même là, votre point de vue restera celui de quelqu'un du dehors. De la même manière, un mathématicien ne sera à priori pas légitime sur le sujet de l'histoire de France, un restaurateur ne sera pas légitime sur celui de la physique nucléaire, une élite politique ne le sera pas sur celui des conditions de vie des travailleurs pauvres. Oui, bon, enfin, pour ce dernier exemple il nous font croire qu'ils le sont, soit, mais ce n'est pas vrai pour autant.

 

Le troll donc, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est un troll en premier lieu parce qu'il intervient de manière pédante sur un sujet ou un thème ou il n'a aucune légitimité, ce qui explique le monceau de conneries qu'il peut éructer sur un ton suffisant et universaliste. De plus, il agit systématiquement comme si toute impunité à son encontre était naturelle et qu'Internet était une zone de non droit.

Erreur.

 

Personnellement, j'ai tendance à prendre les trolls à leu propre jeu lorsque j'en croise un. Et cela m'amuse beaucoup, je l'avoue. Je me plais à contrer leurs galimatias surannés jusqu'à ce qu'ils lâchent l'affaire ou finissent au contraire par montrer leur vrai visage hideux. Et je suis loin d'être la seule.

Systématiquement, lorsqu'ils ont accumulé suffisamment de commentaires/tweets/autres précisez absolument vomitifs en réponse aux arguments que je leur rétorque, je fais une compilation de captures d'écran souvent du plus bel effet et parfois commentés avec un soin tout particulier.

 

Cela ne plaît jamais aux trolls lorsqu'ils l'apprennent.

Par contre, cela plaît toujours aux autres personnes agressées, agacées ou choquées par les propos dudit troll.

Étrange, n'est-il pas?

 

Je suis très loin d'être la seule à faire ce genre de dénonciation. C'est même le fil rouge de nombreux blogs d'opinions, qu'ils se concentrent sur des trolls lancés par des élites, des personnes en vue ou par des nières lambdas, ou encore qu'ils tapent dans les deux registres. Chez moi, la plupart du temps, les articles démontant ce genre d'attitude le font à travers un canevas de screens des propos du troll, ce qui n'est pas le format le plus habituel du genre. J'utilise les screens très simplement parce que je dénonce des attitudes spécifiques aux réseaux sociaux et que les screens commentés restent le moyen le plus efficace de le faire.

 

J'obtiens généralement en retour des réactions assez virulentes de la part des trolls visés par mon outing. On me dit haineuse, violente, orientée, pathétique, manipulatrice. Aies-je conscience de mon absence de neutralité lorsque je défend un point de vue particulier? Eh bien oui, et il se trouve même qu'en plus d'avoir le courage de mes opinions j'assume encore de ne défendre que mon point de vue lorsque j'argumente en ce sens. Je sais que cela peut choquer certains, habituées à ce qu'on leur fasse de concessions en concessions toutes sortes de facilités. Je ne fais aucune facilité aux trolls. Ni lors de l'échange, ni dans ses suites.

 

Si le troll est condescendant, je serait également condescendante, mais avec plus de style. Si le troll veut tenter de me prendre de haut, je le prendrais de haut mais avec d'avantage talent. Si le troll essaye en ma présence une quelconque technique de diversion je m'en divertirais à ses dépens. Et, précision, je ne considère pas qu'il y ait grand mérite à dominer des minables. Je connais énormément de personnes qui pratiquent ce même sport, avec un génie tout à fait admirable. (Certains et certaines se reconaitront <3 ) Je suis une chasseuse de troll parmi la multitude. Souvent, c'est en groupe averti que je pratique la chasse au troll: c'est une activitée sociale comme une autre, d'un certain point de vue. J'envisage l'échange avec le troll comme une arène de lutte où nous rendons les coups à mesure, sans fioritures. J'y pratique un style bitchy étudié pour détruire l'argumentation troll en sollicitant toutes les failles possibles. Je suis parfaitement rodée et suffisamment chienne pour ne pas lâcher avant complète reddition, à plus fortes raisons lorsque j'arrive en prompt renfort de chasseuses déjà à l'affut ou que j'ai pu inviter des amies expertes à me rejoindre dans l'arène. Et cette reddition, nous l'obtenons en démontant par le menu toute la violence des propos du troll, en exploitant toute l'étendue illégitime de son point de vue sur le sujet ou il tenter d'imposer sa bêtise.

 

Les trolls craignent la lumière du jour. Ils détestent lorsque nous les exposons dans toute leur laideur au grand jour, mais l'impunité sur Internet n'est pas un droit de l'homme violent.

Dont acte.

 

Ceci dit, sur ce site je prends les droits de réponse des trolls, systématiquement et même s'ils ne sont pas construits. Ils ne le sont jamais, ou si rarement, en pratique. Nous parlons de trolls, pas de débat d'arguments. En général, je ne récolte donc que des ramassis d'injures et un peu de harcèlement numérique. La belle affaire...

 

Il m'est arrivé, c'est très rare mais cela est arrivé, de récolter des menaces. Il faut savoir que, si les injures m'indiffèrent, je ne plaisante pas du tout avec les menaces. Vraiment pas du tout. Et pour cause:

Il y a un peu plus de dix ans, j'ai reçu par écrit des menaces voilées . Une semaine plus tard, un proche de l'auteur des menaces s'est pointé chez moi pour me tuer. Je ne souhaite à personne d'avoir un jour à croiser le regard fou d'un individu venu avec toute sa haine pour mettre fin à vos jours. Je m'en suis sortie sans mal parce qu'il y avait par hasard un témoin chez moi ce jour-là. Mon agresseur était donc certain d'avoir très rapidement à faire à la justice. Il s'est contenté de vomir sa haine sur moi, verbalement, il m'a fait savoir qu'il regrettait de ne pouvoir mettre son projet d'assassinat à exécution.

Depuis, d'autres événements se sont produits. En 2008, un ami d'enfance à pris trois balles dans le corps et son père à été tué devant ses yeux et ceux de sa mère. En 2009, deux de mes petites sœurs ont étés agressées lors d'une soirée, l'une d'elle battue violemment: elle en gardera à vie des sequelles car l'un de ses deux yeux à été irrémédiablement abîmé par le déluge de coups portés à son visage. Bref, le monde, de mon point de vue, est violent et pas seulement un peu. Pour moi, ces choses-là n'arrivent pas qu'aux autres.

 

Il ne faut pas attendre de moi la moindre insouciance sur le sujet. J'ai été sensibilisée à la dure à toute l'étendue de sa gravité. Des menaces ne sont pas une plaisanterie. Mêmes voilées, il s'agit d'un délit réprimé par la loi. Et je suis intransigeante sur cette question: me menacer, c'est récolter une plainte en retour dans 100% des cas.

 

J'encourage tout à chacun à ne jamais se laisser menacer impunément. Surtout si vous êtes bloggeuse féministe chasseuse de trolls. Personne n'a à tolérer ce genre d'agression. Personne.

Surtout, rappelez-vous: cela n'arrive pas qu'aux autres.

 

 
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