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Culture du Viol, acte II Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marwina   
19-11-2013

Culture du Viol, Acte II

 

Et ce qui devait arriver arriva. Le crétin que je prenais en exemple il y a quelques jours (voir ce premier billet sur la culture du viol ) à répondu sur le fameux fil Facebook ou il me demande "des explications" puise, selon lui, « Qu'un femme se fasse violée une fois, je peux le comprendre mais plusieurs fois j'ai du mal à comprendre (à moins que ce ne soit dans le cadre familial et que vous étiez enfant...). Car voyez-vous si une femme se fait violer ; je pense qu'ultérieurement, son comportement change, elle se méfie d'avantage. »

Trololo!

Ceci méritait bien une réponse de plus.

Alors, précisons tout de même: lorsque je réponds à ce genre de crétin, je le fais avant tout pour moi-même, pour arriver à me convaincre que je n'avais effectivement rien fait de mal et que mes agresseurs sont les seuls coupables. Je crois que je donne l'impression de prendre les choses bien plus à cœur sur Internet qu'IRL, pour cette raison particulière: j'écris les gueulantes que j'ai besoin de lire pour me rapeler que toutes ces histoires de culpabilité par rapport au viol, ce n'est que du bullshit.

En vérité, je ne pense pas que ce crétin fini soit apte à comprendre ce que j'écris. Mais je sais que moi, je le suis. Et si par hasard d'autres personnes dans mon cas le sont et lisent ceci, tant mieux.

C'est donc, par la force des choses, à toutes celles qui comme moi ont besoin qu'on leur prouve qu'elles n'ont rien à ce reprocher que je m'adresse.

Regardez! Regardez comme il est niais et bête, ce Guillaume anonyme. Regardez combien il ne tient pas la route! Voilà... Voilà.

 

 

«Etre partisan de la peine de mort ; est-ce promouvoir le viol ... ?»

Non, c'est arriéré et pas pertinent, mais les deux sujets n'ont pas grand chose à voir sur ce point.

Je vais vous expliquer en quoi vous légitimez le viol. Déjà, nous sommes au courant que vous croyez être farouchement contre le viol, et nous ne remettons pas en question votre sincérité sur ce point. C'est votre intelligence et votre capacité de réflexion que nous mettons en doute: saisissez bien la différence. Or, donc, en jugeant que mon témoignage appelle à "des explications" dans la mesure ou vous estimez, je vous cite: « Qu'un femme se fasse violée une fois, je peux le comprendre mais plusieurs fois j'ai du mal à comprendre (à moins que ce ne soit dans le cadre familial et que vous étiez enfant...). Car voyez-vous si une femme se fait violer ; je pense qu'ultérieurement, son comportement change, elle se méfie d'avantage. » est non seulement très crétin mais encore dangereux.

Ma méfiance ou mon absence de méfiance ne sont pas en cause, dans aucun des viols que j'ai subi. J'ai été agressée par des hommes qui se sont sentis légitimes à outrepasser mon consentement. Ils sont les seuls coupables. Les vêtements que je portait ce jour là ne changent rien à leur culpabilité. La nature de la relation que j'entretenais avec eux n'excuse rien. La quantité d'alcool que j'avais pu boire ce soir la ne change rien à la donne.

En l’occurrence, je portais les deux fois des jupes longues jusqu'aux chevilles et des chemisiers blancs, j'attachais mes cheveux en un sage chignon et je portais de grosses lunettes. Les deux étaient des camarades de fac, que je voyais souvent car je n'étais jamais absente en cours. Je ne bois pas d'alcool, sinon en de très rares occasions type réveillon en famille. MAIS tous ces détails ne font pas de ces viols de "vrais viols" par opposition à d'autres, qui seraient mérités ou je ne sais quoi, parce que la "fille" l'aurait cherché, en s'habillant d'une certaine manière, en sortant le soir ou en buvant.

Je n'étais pas une jeune-fille "normale". J'étais une jeune-fille traumatisée, qui avait très peu d'amis, qui ne sortait de chez elle que pour aller à la fac ou pour faire des courses. Qui n'allait pas avec les autres. Qui ne prenait pas soin de sa tenue. Qui vivait seule avec son chat. Croyez-vous que cela empêcha quoi que ce soit?

La réponse est NON.

On ne peut pas "éviter" de se "faire violer", même en faisant très attention.
On peut éviter de violer, c'est tout. C'est strictement tout.

En mettant en doute mon statut de victime, soi disant que l'on ne pourrait pas se faire violer plusieurs fois parce qu'il suffirait de se méfier, vous légitimez mes violeurs. Pas seulement le second. Les deux. Vous sous-entendez que j'ai été violée parce que j'ai commis une faute: celle de ne se méfier pas assez. Ou pas comme il faut. Peu importe. Ce que vous dites, en me demandant des explications, c'est qu'il y a matière à penser que je l'ai cherché, que j'ai mérité ce qu'il m'arrive, que je ne suis pas légitime à me plaindre.

Figurez-vous que c'est très exactement ce que j'ai pensé, pendant longtemps. Je me suis sentie coupable de ces viols. J'ai cru que mes agresseurs, l'un comme l'autre, avaient des excuses. Les circonstances. Le fait que je sois jolie même avec de grosses lunettes et un chignon de grand-mère. L'amitié qui nous liait, avant. Notre complicité: une jeune-femme qui ose s'entendre bien avec les hommes et avoir des amis du sexe opposé cherche à se faire violer dans un coin, n'est-ce pas? Fréquenter des hommes, oser les faire rentrer chez soi pour partager des crêpes au fromage, c'est un appel au viol, n'est-ce pas? Proposer un thé, c'est un message confus, n'est-ce pas?

MERDE!

Après, quand nous bloggons sur nos problème, voilà la razzia des mensplaineurs qui débarque, à nous accuser d'avoir peur de tous les hommes. À voir dans tous les hommes de potentiels violeurs. À nous décrire comme des harpies mal baisées.

AH BIEN monsieur, si d'aventure vous lisez sur un blog féministe un article sur le viol, le harcèlement de rue ou le harcèlement sexuel sur lieu de travail AVANT de commencer à nous accuser NOUS de dire que nous avons peur des hommes ou je ne sais quelle connerie du genre. RAPPELEZ-VOUS! À la jeune-femme victime d'un viol vous avez demandé des explications. Parce que vous n'étiez pas sur qu'elle soit fondée à se plaindre. Parce que vous n'étiez pas sur qu'elle n'ait pas, tout simplement, manqué de prudence.

 

PS: si vous désirez accéder au lien sur les statistiques des causes de mortalité en France, cliquez ici . Un argument anti-retour de la peine de mort en plus, c'est toujours ça de pris.

 
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