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"Pagans" Partie II Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marwina   
17-11-2013

Cette série de billets sur les réactions face aux personnes assimilées "pagans" vient en réaction à un magnifique schitstorm sur Tweeter. Vous pouvez consulter ici l'article écrit en réponse par la consoeur dont le blog à servi de prétexte déclencheur. Vous aurez du même coup l'explication de comment la discussion à débuté. Le premier billet de cette série se trouve ici .

 

 

"Pagans" * Partie II

 

 

Je reviens en France pour parler des discrimination ordinaires. Il y a dans notre pays une règle tacite et constante, bien qu'inconsciente ou niée: tout mouvement religieux non-chrétien catholique est discriminé. Les personnes étiquetées "pagan" ne font donc pas exception, et comme on peut être "d'apparence pagan" comme on peut être "d'apparence musulmane" (je sais plus quel crétin politicien avait sorti cette connerie mais bref) les discriminations et les insultes, le harcèlement de rue, sont la norme.

 

À ce titre une petite anecdote perso, qui vous donnera une idée de la chose. Cela se passe en 2001 ou 2002 à Aix-En-Provence, où j'étais étudiante en Art. À l'époque, je portais beaucoup de noir, de dentelles, de jupes traînant par terre et une cape l'hiver, ce qui me donnait cette fameuse "apparence pagan" et je me faisais donc insulter dans la rue sur un thème différent des autres jeunes-filles, c'est à dire que j'étais traitée de sorcière et non de salope. Un jour alors que je me rendais à la bibliothèque, un imbécile m'a lancé un moqueur "oh darkness" et je n'en ai pas fait cas, je l'entendais tous les jours. Seulement il se trouvait derrière moi un jeune homme bien bâti, genre sportif, tout en muscles, son bon mètre quatre-vingts-dix, qui se trouvait être noir. Le jeune homme a pris l'insulte pour lui et s'est pris le crétin entre quatre yeux bien comme il faut, avec une fermeté et une dignité qui faisaient plaisir à voir, pendant que l'autre se tortillait comme un ver minable en répétant que c'était la goth qu'il visait. Je ne sais pas la conclusion exacte de cette affaire car je suis partie, dans la mesure ou je n'avais rien d'autre à dire que quelque chose du genre "vous avez bien raison", ce qui n'est pas d'un grand intérêt quand la personne concernée sait être dans son bon droit et mesure deux têtes de plus que son crétin d'adversaire.

 

D'un point de vue personnel, j'ai toujours préféré être traité de sorcière dans la rue plutôt que de salope, et, comme c'est au choix lorsque l'on est une jeune-femme habitant en ville, je n'estime pas que cela soit particulièrement plus odieux que la misogynie ordinaire, sachant que j'ai la chance de ne pas cumuler la chose avec des insultes grossophobes ou lesbophobe/biphobes (que je sois bi ne se voit pas sur ma tronche, ce qui est assez basique en l'espèce). Mais il faut bien entendre que la fréquence des insultes paganophobes est d'un niveau absolument comparable à celle des insultes misogynes ordinaires, seul le thème change : « Morticia » « Batman » « Darkness » « Dark Vador » « Carabosse » « Satan » « Lucifer » « Nosferatu » « Dracula » « Vampirella » et « Sorcière » bien évidemment. Etc. (J'ai eu droit à « oh superman » aussi une fois, mais du coup c'était trop débile pour ne pas me faire éclater de rire in situ.) Le tout en lieu et place de « gazelle », « salope », « tss tsss... », « tu suces », etc.

 

Depuis lors, j'ai découvert le costume historique et les ombrelles, fait bien trop WTF pour la plupart des crétins et qui donc, pour le coup, limite vraiment à la plus infime expression les possibilités d'insultes de rue: le débile misogyne paganophobe ne sait pas quoi dire lorsqu'il croise une personne sortie tout droit d'un tableau impressionniste. Cela fait donc quelques années que je ne suis plus "d'apparence pagan" mais "d'apparence WTF tavu c koi". Le beau jeune homme de mon anecdote n'a quand à lui à priori pas changé de couleur de peau, contrairement à moi il vit donc toujours avec les remarques à la con au quotidien. Ceci dit pour recadrer sur l'absence de pertinence de tout parallèle approfondit sur nos deux situations. Tant que mon étiquette "pagan" n'est pas visible, je peux émerveiller les grand-mères dans la rue, ce qui ne serait pas si simple si j'étais "pagan", toujours, mais non-blanche. Amérindienne, par exemple.

 

Il est d'ailleurs à noter que le privilège blanc fonctionne de manière étrangement exclusive dans cette situation particulière: c'est à dire qu'en temps que Blanche-Neige, je n'ai jamais combiné à la fois les insultes de rue sur le thème de ma lubricité réelle ou supposée et celles sur le thème de mon accoutrement supposément sataniste, mais pas du tout catholique en tous cas. C'était l'un ou l'autre, suivant ma tenue, point. Alors qu'une non-blanche dans cette situation peut subir une combinaison des trois angles d'attaque: non-blanche, "pagan" supposée et femme. C'est en tout cas ce qu'il se passe pour les amérindiennes. (Intersectionnalité, mon amour.)

 

Sur ce point là et en France tout du moins, le vécu "pagan" à travers l'insulte de rue est donc à relativiser suivant la situation de la personne. On ne déroge pas à la règle générale qui veut que les Blanche-Neiges soient moins emmerdées.

 

 

 


La Partie III se trouve ici


 

 

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