Index arrow Société arrow Idées Reçues arrow Culture du Viol

Culture du Viol Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marwina   
16-11-2013

Qu'est-ce que la culture du viol?

 

Il s'agit de tout un ensemble d'idées reçues absurdes, culpabilisantes et immondes, qui entretiennent l'idée d'une certaine normalité du viol: non pas en temps que tel, mais en temps que "petits derrapages qui peuvent arriver quand on fait pas attention, mais rhoo c'est pas si grave, puis pourquoi tu pleures, tu vas quand même pas en faire tout un plat, et puis quoi encore t'es trop sensible c'est pas ça un viol"

Je vous invite à lire cet article , très bien fait, pour en savoir plus sur ces mythes et leur portée.

La culture du viol est omniprésente, tout autoure de nous. Elle est le bain social qui explique que les victimes de viol ont honte d'avoir été agressée, honte de parler et peur de porter plainte en raison du jugement de la société.

 

Dit ainsi, cela peut sembler un peu abstrait bien entendu, car personne ne s'imaginerait dans le rôle de celui qui répond durement à une victime de viol quelque chose ayant pour but premier de la faire se remettre en question sur ses propres responsabilités. Et pourtant... Et pourtant. En temps que victime de viol, il ne m'est pas encore arrivé d'en parler en public SANS que des réactions visant à me dénigrer, à me culpabilier ou a relativier mon agression surgisse.

Parfois, je fais des copies d'écran, pour la postérité. Voici un exemple parmi d'autres, tout simplement le dernier en date (j'ai laissé la fin de mon intervention pour le contexte):

 
 

«Vous dites "jai été violée plusieurs fois". Soit mais je demande des explication. Qu'un femme se fasse violée une fois, je peux le comprendre mais plusieurs fois j'ai du mal à comprendre (à moins que ce ne soit dans le cadre familial et que vous étiez enfant...). Car voyez-vous si une femme se fait violer ; je pense qu'ultérieurement, son comportement change, elle se méfie d'avantage. »

Non mais oui vous avez raison, en fait: j'aime ça c'est trop. Du coup, je fais exeprès de vivre , de parler à des gens, de ne pas porter de sous-vêtements anti-viol , toussa.

Que les choses soient claires: à cette époque, celle du second viol, celle ou j'aurais du tout naturellement "me méfier"

- Je portais de grosses lunettes et je ne me maquillais plus. Je me coiffais n'importe comment ou avec un gros chignon de grand-mère.

- On me surnomait "Laura Ingalls" à la fac à cause de mon look complètement décalé (petit chemisier blanc et longue jupe en laine).

- Je ne sortais jamais le soir. Mais jamais. Vraiment jamais.

- Je n'avais que très peu d'amis.

- Je ne buvais pas, enfin, que du thé au jasmin.

- Je ne me droguais pas.

- Je n'avais pas de relations sexuelles.

- Ma seule compagnie régulière était mon chat.

- Je rendais visite à mes grands-parents maternels régulièrement, genre facilement une fois tous les deux mois, alors qu'ils habitaient à 300km de chez moi.

- Mes trois principales occupations étaient: la fac, le dessin, l'écriture.

Eh.

Ça n'empeche juste rien.

D'une part...

D'autre part: c'est quoi ce délire? Pourquoi ce serait à moi de me justifier? Et autrement, si j'avais été une jeune fille "normale" et non pas une jeune fille traumatisée par un premier viol et qui ne fait plus rien, qui ne sort plus, qui ne prend plus soin d'elle: alors ça aurait justifié mon violeur?

NAN MAIS ÇA VA PAS?!

Voilà, voyez-vous, la culture du viol: c'est très exactement ça. Le fait de relativiser, de justifier, de chercher la petite bête et toutes ces techniques irréfléchies qui n'ont d'autre but réel que de:

- Relativiser la gravité du viol

- Nier le statut de victime

- Relativiser la culpabilité du violeur

- Convaincre la victime qu'elle a une part de responsabilité dans son agression et qu'elle aurait pu l'éviter par quelques petites précautions toutes simples

Bien sur, cela n'est pas véritablement fait en conscience, pour blesser la personne. C'est une sorte mécanisme de défense réflexe commun à toutes les personnes qui n'ont pas pris le temps ni d'écouter, ni de réfléchir à la question du viol, de déconstruire les schémas de pensées absurdes véhiculés par la société qui nous entoure.

Y n'empêche, en attendant, seuls 2% des criminels sont punnis. 

 

___________________________________________________

Pour les amateurs de sensations fortes, le crétin de Facebook m'a répondu depuis. J'ai fait un second billet pour publier ici le pavé que je lui ai rétorqué .

 
< Précédent   Suivant >