Index arrow Société arrow Idées Reçues arrow Mater ? - nage

Mater ? - nage Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Green Martha   
07-11-2011

De blog en blog, de site en site, je suis sencore une fois tombée sur ce mot.

Maternage.

Généralement assorti de tout un tas d'idées très contentes d'elles-mêmes sur, dans la désordre : le sain anti-autoritarisme (chers parents, votre modèle éducatif est tout pourri, en voilà un autre mais c'est à vous de le créer, et surtout ne vous trompez pas !), la meilleure façon de vivre son accouchement (la péri, ça vous coupe de votre féminité !), l'écologie appliquée (les couches lavables c'est la liberté !), le développement personnel par la nutrition (le biberon c'est une violation de nos instincts primaires et pour un peu on dirait que c'est une invention du XXI° siècle). Presque sans ironie de ma part. Thèmes récurrents sur le web. Jeune maman en devenir puis mère les deux mains dans les couches, je les ai croisés d'innombrables fois sur le net, on dirait que les fans de ce mode d'existence éprouvent un irrépressible besoin de faire campagne.

Qu'on ne s'y trompe pas, je reconnais tout à fait qu'il y a du vrai au fond de ce qu'ils défendent. Respecter l'enfant et le stimuler plutôt que le contraindre, oui, ça marche en général mieux. Le lait maternel est l'aliment le plus adapté au nourrisson. Il y a pas mal d'accouchements où les médecins interviennent plus tôt ou plus que nécessaire, par précaution. Oui, on est d'accord sur un certain nombre de prémisses. Mais de grâce Mesdames - car hélas ce sont des femmes qui se font les chantres exclusifs du package du "maternage", de grâce, cachez cette généralisation abusive que je ne saurais voir !

Puisque le dernier endroit où je vous ai croisées était dans le milieu de ce que nous appellerons largement le développement personnel, je me permets de vous répondre dnas la même veine. Pour celles qui en font le choix, devenir mère est une étape bouleversante dans notre évolution. Et comme tous les grands passages de la vie - l'enfance, la puberté, l'engagement conjugual, la vieillesse - , chaque femme la vit à sa façon. Avec ses épreuves et ses symboles propres, ses contraintes personnelles liées à son caractère, sa façon d'être, son cadre de vie, son entourage. Et ce n'est pas facile. Contrairement aux autres grands bouleversements qui jalonnent nos vies tandis que nous grandissons et prenons en âge, la maternité est une mutation qui s'opère sur un temps très court, neuf mois d'attente psychique et de mutations physiques et quelques heures de travail (ou pas) avant de se retrouver catapultée dans un univers totalament différent. De tous les voiles que j'ai traversés, celui-ci fut le plus dur. De quoi une nouvelle mère a-t-elle besoin ? De trouver sa propre façon d'être mère avant tout. L'information est importante, mais elle ne doit être là que pour permettre un choix libre et éclairé. Le dogmatisme est ce qu'il peut y avoir de pire. C'est dire à la chenille "Tu dois devenir un papillon bleu" alors qu'elle en est encore à se demander comment donc construire une chrysalide.

Chaque femme devenant mère va devoir se construire sa chrysalide, et peindre elle-même ses ailes de papillon. Le bleu ne va pas à tout le monde. De même, imposer à toutes le même modèle fera forcément du mal à certaines. Parce que le groupe de pratique du maternage ne convient pas à toutes. Je ne dis pas ça à la légère, j'ai moi aussi tenté l'aventure. L'écharpe de portage ? Très bien pour mon mari, sur moi une catastrophe, maux de dos, bébé pas content. Et largement plus volumineux et lourd à transporter que le porte-bébé ventral (acheté pour la deuxième seulement, hélas). Les couches lavables ? Je HAIS la lessive. Mon mari l'oublie. Et mon fils se retrouvait les fesses couvertes d'érythème pour avoir macéré dans le pipi. L'accouchement ? Un suivi concerté par de nombreux corps médicaux, deux césariennes programmées qui m'ont beaucoup rassurée et à aucun moment je n'ai eu la sensation d'avoir manqué une étape importante. L'arrivée de l'enfant à elle seule est un bouleversmeent bien assez immense. L'éducation ben... on fait ce qu'on peut, avec nos caractères, notre patience qui n'est pas infinie, notre entêtement qui l'est un peu plus (tant parents qu'enfants). L'allaitement fut pour moi un échec cuisant pour des raisons médicales sur lesquelles personne ne s'attarde - cas rare il est vrai combinant deux facteurs d'échec. Je l'aurais bien mieux vécu si le dogme ne répétait pas sans cesse que ça ne peut pas échouer. Si, l'allaitement des fois, ça ne marche pas. Parce que les participants n'apprécient pas. Parce que le bébé ne mange pas assez. Parce que la maman stresse. Forcément, nul ne lui accorde le droit d'échouer. Petit conseil aux futures mères souhaitant allaiter : une boîte de lait en poudre hypo-allergénique en réserve, c'est un peu une roue de secours pour le cas où, pour la soirée où vous êtes crevées et où vous n'arrivez pas à tirer votre lait...

Premier point donc. La mère fait ce qu'elle peut, comme elle le peut, et tant qu'elle le fait en donnant à l'enfant tout son amour, foutez-lui la paix !

Mais j'ai un autre reproche. De taille.

Mesdames, oui, vous Mesdames qui faites tant de pub pour le maternage, vous qui êtes femmes, et tout particulièrement vous qui dites vouloir vivre pleinement votre potentiel de femme, et aider les autres à faire de même. Vous qui conseillez (quoique j'ai lu bien plus péremptoire qu'un simple conseil !) à la mère de ne pas travailler pendant au moins la première année de vie de l'enfant !,vous arrive-t-il de prendre un peu de recul et de contempler la place et le potentiel de la femme, mère ou non, au sein de notre société ?

Il y a un mot, un joli mot, que des femmes ont brandi depuis plusieurs siècles pour avoir le droit de réaliser leur plein potentiel.

Féminisme.

 Taxez-moi de chienne de garde si ça vous chante - à vrai dire, je le prendrai plutôt comme un compliment. Mais considérez un peu les implications de ce que vous défendez dans leur globalité. Allaitement ? 100% maman. Couches lavables ? Malheureusement, même au sein des ménages plutôt progressistes que je fréquente, la lessive reste en grande partie une affaire de femmes. Rester à la maison ? Ne pas travailler ? Nous nous sommes battues pour ne pas être cnatonnées à ce rôle de mère, pour que la société nous reconnaisse une autre valeur, pour pouvoir entrer dans le monde du travail sur un pie d'égalité avec les hommes. Que certaines fassent le choix de rester au foyer auprès de l'enfant, libre à elles (et à moi, en l'occurrence). En faire un obligation morale, c'est justement refuser à la femme mère le droit de se développer daes un autre domaine que la maternité. Bravo pour la pirouette, Mesdames !

Mais vous ne nuisez pas qu'aux femmes.

Voyez ce mot. Mater-nage. L'homme (quand il y a un cadre papa-maman-bébé, bien sûr) se retrouve dans une drôle de situation, il ne peut lexicalement pas s'occuper de son enfant autant que la mère sous peine de perdre de son statut de mâle. Au-delà du jeu sur les mots, il n'est pas des mieux lotis par cette façon de faire. Je me rappelle des têtes positivement "réjouies" de mes potes mâles - maman allaite, papa essuie le caca, il se sent épanoui dans son rôle de père ! L'égalité des sexes, ce n'est pas un sexe qui impose son rôle à l'autre, mais une réelle collaboration. Elever un enfant à deux, c'est faire à deux le choix de la façon dont il sera accueilli, nourri, éduqué. Des fois, cela nécessite des compromis. Mon mari aime lui aussi nourrir nos enfants, le choix du biberon lui a permis de le faire dès la naissance pour notre fille (pendant que je dormais encore comme une bienheureuse), et je doute qu'il renoncerait à ce bonheur. Parfois, c'est le père qui a envie de rester auprès de son enfant, et il ne devrait pas plus avoir à s'en justifier que la mère (chers recruteurs, vous avez encore de la poussière dans votre cerveau des fois !). Parfois, les deux parents reconnaissent que renoncer à leur vie professionnelle et rester tous les jours en tête à tête avec leur enfant serait néfaste à tous les membres de la famille, enfant compris. Là encore, chacun a sa façon propre d'être parent et de donner son amour, reconnaissez-nous la liberté de la choisir et la sagesse de savoir ce qui nous convient le mieux !

 
< Précédent