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Le grain de sable Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Paul Jorion   
19-07-2011

ARTICLE PRESSLIB' *

 


 

Paul Jorion

Il est difficile de savoir quelles seront les conséquences ultimes de l’affaire des écoutes de News of the World, l’hebdomadaire à sensation appartenant à la branche britannique de News Corporation, l’empire de presse de Rupert Murdoch, mais si un diagnostic devait être posé à l’instant-même, ce serait celui de la fin prochaine de cet empire, emporté par la tourmente, et la mise à jour en parallèle d’un torrent d’informations révélant les relations « cozy », comme disent les Britanniques, « de copinage », qu’entretiennent de grandes entreprises jugeant que la loi, c’est pour les autres, avec la classe politique et les milieux policiers, qui obtempèrent en échange de privilèges et avantages divers.

La vague de démissions et d’arrestations au sein-même du groupe Murdoch, s’accompagne depuis deux jours de démissions au sommet de l’appareil policier, dont celle du chef de Scotland Yard lui-même, qui n’hésite pas à mouiller le premier ministre David Cameron dans une lettre trop détaillée pour ne pas laisser percer une tonne de ressentiment.

Effractions au fil des ans des boîtes vocales de personnalités et de victimes de faits divers, dont le nombre pourrait s’élever à 4.000 personnes, suivies de corruption de la police à grande échelle, chaque fois que des plaintes étaient vainement déposées. Soulignant l’existence de la « revolving door », la porte tournante entre emplois au sein du groupe Murdoch et dans les instances gouvernementales et administratives. Un phénomène déjà observé aux États-Unis dans le cas de « Government Sachs » au moment-même où la firme – on le sait maintenant – mobilisait son inventivité dans des paris pris sur l’effondrement du secteur immobilier américain, qu’elle ne manquait pas de précipiter du coup.

Méfaits d’un côté, autorités étouffant les affaires de l’autre : la machine était bien huilée. Ce qui l’aura grippée, c’est une notion dont on parle beaucoup en ce moment : l’indignation. On trouve celle-ci présente en effet dans des propos, dans des livres, sur des places publiques, etc. Elle est malheureusement largement absente au contraire dans l’esprit du public quand il s’agit de la finance, ce qui explique pourquoi aucun véritable progrès ne s’accomplit là en ce moment.

News of the World aurait piraté les boîtes vocales de soldats britanniques morts en Irak et en Afghanistan, ainsi que de victimes des attentats sanglants de Londres en 2005, mais le véritable grain de sable, c’est l’affaire Milly Dowler, du nom d’une adolescente disparue en 2002 et dont le corps fut retrouvé six mois plus tard. News of the World avait chargé un détective de s’introduire dans la boîte vocale du téléphone de l’adolescente. Celle-ci étant pleine, il avait effacé certains appels « pour faire de la place », espérant bénéficier de l’ajout de nouveaux messages. La disparition de certains enregistrements convainquit la police ainsi que la famille que la jeune fille était encore en vie. Jusqu’à ce qu’ait lieu la découverte macabre de ses restes dans un bois.

Les révélations au fil des années des exactions de News of the World tombaient dans le ronron du « business as usual », ce qui permettait à la collusion du mauvais côté de la loi entre grands de ce monde, toutes catégories confondues, de se poursuivre. C’est une colère rentrée, qui ne s’était pas éteinte, malgré les neuf années qui s’étaient écoulées depuis le meurtre d’une adolescente, qui aura constitué le grain de sable fatal. Le grand débat intérieur qui agite constamment chacun de nous entre le « Juste » et l’« Injuste » a été soudain ravivé. L’indignation a fait le reste.

Grands de ce monde, méfiez-vous du peuple et de sa mémoire d’éléphant.

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